La natte de la honte…

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Tout vient à point, dit-on, pour qui sait attendre. Les propos de l’ancien président de la République Tandja transcris par nos confrères du quotidien l’Enquêteur

explique en grande partie la crise qui secoue notre classe politique depuis que la formation d’un gouvernement d’union nationale est devenue mode.

 

On se rappelle que le président Tandja a dirigé ce pays de 1999 à 2010- deux mandats légaux et un bonus qu’il s’est offert. Ce bonus, appelé tazartché a amené le coup d’Etat qui a permis à Issoufou Mahamadou d’arriver au pouvoir avec l’appui du parti de Hama Amadou, actuel président de l’Assemblée nationale.

 

Il faut aussi rappeler que Hama Amadou a été compagnon de l’ancien président Tandja et même son premier ministre sept ans durant. Et c’est précisément avec l’aide du PNDS que Tandja parviendra à se séparer de Hama en 2007 avant de l’envoyer à la prison de haute sécurité de Koutoukalé.

 

Le président Issoufou aurait-il voulu le renvoi de l’ascenseur par l’ancien président ? C’est en tout cas ce que semble dire Tandja dans un enregistrement fait au cours d’une rencontre avec des militants du MNSD de Tahoua et qui circule présentement dans la capitale et à l’intérieur du pays. Tandja dira que le président Issoufou lui aurait demandé de l’aider à se « débarrasser » de Hama Amadou, son allié, contre la libération du député, Foukori Ibrahim, du MNSD de Diffa, région d’origine du président Tandja.

 

Une telle demande de la part d’un homme toujours présenté comme le modèle de la vertu, de la noblesse, de la droiture étonne. Une telle affirmation de la part du président Tandja, connu pour son franc parler qui ne s’accommode pas avec le mensonge, intrigue aussi. Un nigérien normal, disposant de toutes ses facultés ne peut, dans les deux situations, qu’être saisi par le doute. Seule une analyse froide, sans parti pris permettra de se faire une idée de ce qui a pu se passer. Il sera illusoire de prétendreconnaître la vérité.

 

La libération ou l’arrestation du député Foukori serait déjà un bon point départ pour toute analyse. Foukori Ibrahim et quelques uns des députés dont Albadé Abouba et Halilou Badjé ont vu leur immunité levée depuis 2012. En Mai 2013, il est arrêté. Seul. Il est libéré entre la fin du mois de juin et le début du mois de juillet. La rencontre entre le président Issoufou et le président Tandja se situerait dans cette fourchette. En clair, la rencontre a eu lieu avant la formation du deuxième gouvernement et du départ du Lumana de la majorité.

 

On ne dira pas que c’est Hama qui a commencé. Selon certaines sources la décision de la mise à l’écart de Hama Amadou remonterait à la fin de l’année 2012. Après sa proposition de gouvernement d’union nationale faite à la clôture de la session budgétaire. Un minutieux travail de débauchage de grosses pointures du MNSD a été fait.

 

Ceux qui ont été approchés ont une chose en commun : ils font partie, empruntons l’expression, de la cohorte des anti- Hama Amadou. L’assurance que Hama ne le saura qu’après coup. Pour mener à bien ce plan, il fallait la bénédiction de Tandja Mamadou. L‘arrestation de Foukori entre t-elle dans la démarche ? Les plus audacieux le croient. Et le MNSD négociera seul avec le PNDS. Le CDS et le Lumana ne seront pas associés. L’accord de principe du MNSD assorti de la production d’un programme commun suffira au PNDS de mettre en branle la mise à l’écart du Lumana. Presse et société civile proche du pouvoir sortiront l’artillerie lourde contre Hama Amadou et le Lumana, persuadées qu’elles étaient d’avoir le MNSD en entier.

 

Le rapprochement entre Tandja et Hama ruinera les espoirs des artisans de la mise à l’écart du parti qui permit à Issoufou d’être le président de la République. On n’oublie pas Dieu. Et c’est Lui, dans son infinie bonté, qui fera échec au projet. Et c’est certainement le rapprochement de Tandja et son ancien Premier ministre qui précipitera la détérioration des relations entre les anciens alliés. Le clan du président de la république est persuadé que son allié a été mis au courant de la curieuse demande de Issoufou.

D’où sa fuite en avant : refus d’attendre le retour de Hama de Bamako pour la mise en place du gouvernement, refus de négocier et même de s’entretenir avec Hama. Un acteur de la société civile, par ailleurs, ancien conseiller à la Présidence, confiera même au cours d’un débat sur une télévision de la place ce que dit en langue le Président Issoufou : Bani mai magana (je ne lui adresserai pas la parole). Cette fuite en avant traduit bien le malaise et justifie cet adage bien de chez nous qui dit que «la natte de la honte se ramasse avec folie » (précipitation).

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