Parlement :« L’alternance, l’opposition la veut par la voie des urnes, et non par la pointe des baïonnettes » déclare Hama Amadou

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Discours integral lors de la cloture de la session.

 

Mesdames et Messieurs,

Après deux mois de travaux sous un climat de tension politique on ne peut plus difficile, nous voici aujourd’hui à la fin de la session budgétaire de l’année 2013.

 

Monsieur le Premier ministre,

Distingués invités,

Permettez-moi tout d’abord de vous remercier encore une fois, pour la remarquable disponibilité dont vous faites preuve, en honorant de façon si constante notre institution, à chaque fois que vous êtes conviés aux cérémonies d’ouverture ou de clôture de celle-ci.

Nous y voyons-là l’expression de la haute considération, que vous avez pour l’Assemblée nationale, dont le fonctionnement autant que les débats qui s’y tiennent, traduisent à certains égards le niveau et la qualité de la culture démocratique atteints dans notre pays.

Nous osons espérer qu’à travers les évènements politiques qui ont marqué cette session, vous avez tiré la juste appréciation de son évolution.

Pour notre part, nous nous interrogeons, croyez-le, non sans inquiétude d’ailleurs, sur le chemin que la démocratie nigérienne a emprunté depuis quelques mois.

Néanmoins, malgré cette inquiétude, nous ne désespérons pas, car la construction de la démocratie dans une jeune nation n’est pas chose aisée.

D’autant que les réflexes identitaires restent encore vivaces, parce que faute d’arguments, certains hommes politiques, et souvent pas des moindres, s’abaissent sans scrupule, à y rechercher le soutien à leurs ambitions aussi personnelles qu’égoïstes.

Il faut sans doute encore quelques décennies pour que la société s’en affranchisse et adapte au système démocratique ses réalités culturelles ainsi que sa mentalité.

D’un autre côté, la pauvreté tend aussi à en pervertir le fonctionnement, à travers notamment l’inclination d’un nombre de plus en plus croissant de citoyens nigériens, à succomber aux tentations de la corruption.

Ces derniers ont ainsi choisi de privilégier leurs intérêts individuels au détriment de l’intérêt collectif, oubliant ce faisant nos valeurs traditionnelles de dignité et d’honneur, qui ont permis aux hommes et aux femmes, de la génération antérieure qui nous ont précédés dans ces fonctions de sauvegarder le respect dû par nos concitoyens aux serviteurs de la nation qu’ils étaient.

Il faut dire qu’à cette époque, ces hommes et ses femmes attachaient un grand prix à l’image sociale des familles dont ils étaient issus.

Certains, au sein des institutions elles-mêmes malheureusement, tendent aujourd’hui à s’écarter de cette voie de dignité.

Ils affichent avec une insouciante ostentation, dirait-on, le choix désastreux de s’asseoir sur le banc chargé de la fange du déshonneur, auquel les condamnent les pratiques politiques des temps actuels, qui ignorent et morale, et déontologie.

Les convenances politiques elles-mêmes n’ont plus droit de cité.

L’avenir nous dira, les conséquences qui en résulteront pour notre démocratie.

Mesdames et Messieurs,

Toujours est-il que les sombres prédictions des cassandres qui peuplent aujourd’hui les plateaux des médias nigériens, ne se sont pas réalisées. Dieu merci.

La crise politique gravissime, attendue avec angoisse durant cette session qui s’achève, n’a pas eu lieu.

Je voudrais en féliciter tous les députés qui ont su, malgré la montée indéniable des tensions de l’adversité au sein de l’hémicycle, garder le sens des responsabilités, afin que s’accomplisse la mission primordiale de l’Assemblée nationale : celle de donner à notre pays un budget pour l’année 2014.

Même s’il est vrai que, l’opposition a voté contre ce budget, il faut cependant reconnaître qu’elle a activement et positivement participé à son amélioration, en commissions comme en plénière.

Et si la majorité, lors des débats, a connu quelques moments d’énervement, elle a néanmoins admis en fin de compte avec un indéniable fair-play, la pertinence de certaines observations, montrant ainsi qu’elle peut accepter et faire sien le principe d’objectivité.

Et c’est en cela, que nous gardons l’espoir, que notre démocratie malgré les vicissitudes du moment, ira en s’améliorant avec le temps.

Mesdames et messieurs,

Il est donc heureux de constater que la raison a su prendre au cours de cette session, le dessus sur la passion dans nos débats.

C’est pourquoi je voudrais appeler l’attention des honorables députés, sur la nécessité absolue que nous avons tous de ne pas oublier, quelle qu’en soit la circonstance, que nous avons une double responsabilité à assumer en tant que représentants du peuple.

Responsabilité envers l’Etat et sa stabilité sans doute, mais responsabilité aussi envers nos concitoyens-électeurs et leurs attentes.

Vis-à-vis de l’Etat, nous devons garantir l’adoption des moyens législatifs à son fonctionnement régulier, et l’aider à maintenir ses actions dans le respect strict de l’ordonnancement juridique, mis en place conformément à la Constitution de la République.

Car c’est à travers le respect scrupuleux des textes législatifs, que sera assurée n’en doutons pas un instant, la stabilité du pays.

Quant à notre responsabilité vis-à-vis de nos concitoyens, il s’agit pour nous députés face à l’Exécutif, de dire clairement et sans ambages les attentes de ceux-ci, leurs satisfactions comme leurs mécontentements, dans les différents domaines de la gouvernance, sans toutefois dénigrer injustement, ni non plus jouer les sycophantes, c’est-à-dire les notables laudateurs, qui ne voient que le roi et oublient le peuple.

Car un député de quelque bord qu’il soit, se doit d’abord de défendre l’intérêt collectif, c’est-à-dire celui de la nation tout entière avant ceux de sa circonscription électorale ou ceux d’une coterie, fût-elle politique.

C’est pourquoi, un député qui se targue au demeurant du titre d’honorable doit s’imposer de rester objectif et, autant que faire se peut, honnête avec ses électeurs.

Car, ne nous le cachons pas, nous sommes à une époque, où le citoyen lambda lui-même s’est doté d’un sens critique et d’une perspicacité politique singulière, qu’aucun discours ou matraquage médiatique ne saurait brouiller.

Il nous observe et ne dit rien, sachant qu’au bout du mandat qu’il nous a accordé, nous reviendrons vers lui.

A cet égard, que nul député ne se nourrisse d’illusions.

Le citoyen-électeur saura faire la différence entre les choix d’une conscience intègre et ceux d’une conscience fracturée et vendue à l’encan.

Notre responsabilité à l’endroit de nos concitoyens doit donc, au total, se résumer à l’objectivité, à la sincérité et la loyauté.

Tout le reste ne serait que vaines gesticulations et chimères.

Mesdames et Messieurs,

Avant de terminer, je tiens à féliciter sincèrement la Commission des Finances ainsi que toutes les autres, qui ont déployé des efforts extraordinaires dans le climat politique délétère du moment, pour examiner avec la minutie d’une colonie de fourmis, deux lois de finances, simultanément, au cours de cette session.

Ainsi grâce à leurs efforts louables, l’Assemblée nationale a voté le budget 2014, équilibré en recettes et en dépenses, à 1867.565.403.749 FCAF, soit une augmentation très significative de 27,82% par rapport au budget 2013, sur la base d’un taux de croissance économique espérée de 7,5% et d’un taux de pression fiscale de 16,8%.

Ce budget est assurément ambitieux.

Mais l’ambition en soi n’est pas une tare.

Dans un pays comme le nôtre, elle est même souhaitable dans tous les domaines.

Il faut seulement espérer que la réalisation de ce budget, confirmera le réalisme de cette ambition, et cela dans l’intérêt du Niger.

Nous observons toutefois, que plus de la moitié des recettes internes prévues dans son cadre, repose sur la TVA, c’est-à-dire sur les consommateurs nationaux, et donc la demande intérieure des ménages, fondée elle-même sur le pouvoir d’achat du moment, ainsi que sur la dépense publique, dépendant fortement du taux d’exécution du budget voté.

Il faut donc souhaiter que ce pouvoir d’achat se renforce, ou à tout le moins, s’étende davantage à un plus grand nombre de nos concitoyens à travers des emplois privés plus nombreux mais également plus durables.

Et il faut que dans le même temps le taux d’exécution du budget s’améliore significativement.

Pour le reste nous souhaitons au Gouvernement, et je suis sincère, Monsieur le Premier ministre, de réussir à concrétiser les ambitieux programmes évoqués dans ce budget.

Nous le souhaitons d’autant plus que, l’Assemblée nationale, vient de vous renouveler sa confiance, bien au-delà de la majorité liée à la mouvance présidentielle.

Ainsi conforté dans le bien-fondé de ses actions par la représentation nationale, le Gouvernement peut donc désormais agir avec plus d’audace, je crois, pour réaliser son programme, dans l’intérêt des populations nigériennes.

Mais pour y parvenir, il faut aussi que sur le plan politique, cesse le harcèlement des nigériens qui ont opté pour la contradiction politique.

Car l’opposition, avant tout, force politique existant pour offrir une alternative au peuple nigérien, est démocratique et entend le rester.

Elle n’a nullement l’intention de comploter, que cela soit clairement entendu, pour remplacer le pouvoir avant les délais ou en dehors des modalités d’alternance prévues par la Constitution.

Ceux qui le prétendent, ne nourrissent en effet que l’intention depuis longtemps arrêtée de se débarrasser par cette accusation dictée par la pure malveillance, des adversaires politiques dont on veut ternir la réputation sur le plan international, avant de les jeter aux oubliettes.

Mais Dieu veille, n’en doutons pas. L’alternance, l’opposition la veut par la voie des urnes, et non par la pointe des baïonnettes.

L’opposition doit donc pouvoir jouir de tous ses droits, sans vivre sous des menaces judiciaires permanentes.

Car la démocratie pour être considérée comme réelle et vivante dans un pays, a besoin du débat politique contradictoire, tolérant et apaisé.

Il faut donc que le statut de l’opposition soit respecté.

Au-delà de cette parenthèse, Monsieur le Premier ministre, l’Assemblée nationale par ma voix, vous adresse toutes ses félicitations et vous souhaite de réussir votre difficile et délicate mission, dans l’intérêt de notre peuple, c’est-à-dire de nous tous.

C’est sur ces mots que je déclare clos les travaux de la session budgétaire 2013.

Je vous remercie.

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