Décès de Djouldé Laya : Le Niger perd un grand sociologue

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Le socio ethnographe nigérien Djouldé Laya n’est plus. Il a tiré sa révérence, le dimanche 27 juillet dernier, à l’âge de 77 ans et a été inhumé le lundi dernier, jour de la fête de ramadan à Niamey. La coïncidence est troublante.Né un jour de fête de tabaski de 1937, ‘’Le Sociologue national’’ comme on le surnommait affectueusement dans le milieu universitaire, Djouldé Laya est parti, la veille d’un jour de fête de ramadan.

Un signe du destin diront certains. Dans l’oraison funèbre qu’il a lue lors des obsèques de Djouldé, son collègue le professeur Boubé Gado a rendu un hommage à ce ‘’sage’’, rappelant l’œuvre de l’illustre  disparu.
Djouldé Laya a eu une vie bien remplie : Etudiant engagé d’abord, puis chercheur passionné. ‘’Son militantisme lui a valu un voyage en Chine populaire de Mao Tsé-Tung, la remise des premiers statuts de l’USN à l’Etat du Niger et son adhésion au Parti africain de l’indépendance (PAI)’’ a rappelé Boubé Gado. Mais Djouldé Laya était aussi un chercheur passionné. En effet, il s’est intéressé à plusieurs disciplines notamment la sociologie, l’ethnographie, l’anthropologie, la psychopathologie, les traditions orales historiques, les langues, la littérature orale, etc.

C’est ainsi qu’il a mené des recherches dans toutes ces disciplines et réalisé plusieurs travaux notamment dans le domaine de la collecte, de la transcription et de la traduction de la tradition orale des différents groupes ethnolinguistiques de notre pays, en particulier en pays zarma-songhaï, haoussa et peul.

 

Ainsi plusieurs centaines de bandes sonores sont enregistrées et déposées au Service audiovisuel (SERVA) de l’IRSH. Djouldé a aussi travaillé aux côtés d’autres personnalités qui partagent avec lui, la passion des études africaines. On peut citer entre autres le président Boubou Hama, Jean Rouch, le prof André Salifou, Louis Vincent Thomas, Abdoulaye Bara Diop, Greenberg, Georges Balandier, etc.

Il laisse une importance production documentaire composée de rapports, d’articles et d’ouvrages. On peut sans être exhaustif, citer pour sa production personnelle, le Rapport sur la cuvette de Kirkissoy (FAO), Niamey, CNRSH, mars 1966), La situation des personnes âgées de plus de 50 ans dans la commune de Niamey (Méthodologie), Niamey, CNRSH, février 1966 ; Traditions historiques des ethnies de la région de Dosso, Niamey, CRDTO, 1969 ; Quelques préparations du mil, Niamey IRSH, 1974 ; Prospection socio-économique pour l’implantation des puits, in Keita et al. Etude de Say-Rapport intérimaire (PNUD), Niamey IRSH, 1976 ; Traditions historiques des Gôlés I. Koygolo (songhay-français), Niamey IRSH, 1976 ; Traditions historiques de l’Anzourou (songhay-français), NiameyCELHTO, février 1977 ; Démographie légère, in Keita et al. Etude de Say-Rapport final (PNUD), Niamey IRSH, mars 1977 ; Textes songhay-zarma (songhay-français), CELHTO, 1978.

 

Le ‘’sociologue national’’ a par ailleurs écrits plusieurs articles et études parus dans plusieurs publications respectables. Il s’agit entre autres de Recherches sur les aspects sociologiques du Lakkal, Dakar, Psychopathologie africaine, 1967 ; La tradition orale. Problématique et méthodologie des sources de l’histoire africaine, Niamey, CRDTO, 1972 ; « Niger » ; Encyclopaedia Britannica, 1972 ; A l’écoute des paysans et des éleveurs du Sahel, Dakar, ENDA, Environnement africain, 1975 ; Problèmes linguistiques au Niger, in Sow, A.I. (éd), Langues et politiques de langues en Afrique noire.

 

L’expérience de l’Unesco, Paris, Nubia, 1977 ; Mort de la brousse, Daka, ENDA, Environnement africain, Etudes et Recherches, 1979 ; La voie peule. Solidarité pastorale et bienséances sahéliennes, (fulfuldé-français), Paris, Nubia 1984 ; Migrations et intégration politique dans le Gourma oriental au XIXè siècle : exemple des Folmongaani, Paris, Journal des Africanistes 1991 ; Expertises et censures : les aventures d’un « sociologue national », Marseille, APAD Bulletin, 1995 ; Les Etats Hausa in Ogot (dir. Vol) Histoire générale de l’Afrique. V.L’Afrique du XVIè au XVIIIè siècle, Paris, Unesco 1999 ; etc.
Djouldé Laya a par ailleurs participé à plusieurs autres études et productions parmi lesquelles on peut citer entre autres, Les migrations internes et internationales au Niger de 1960 à 1967 (Banque mondiale), Niamey, CNRSH, juin 1967 ; Les problèmes de la zone industrielle de Niamey, CNRSH, juin 1968 ; Le mythe de Dongo raconté par Dawda Sorko (songhay-français), Niamey, CELHTO, 1983 ;

 

Le Nigérien d’aujourd’hui, Namur, vivant Univers, Mars-avril 1971 ; Les Zamu ou poèmes sur les noms (songhay-français), Niamey, CNRS, 1972 ; Représentations et connaissances du corps chez les Songhay-Zarma : analyse d’une série d’entretiens avec un guérisseur, in La notion de personne en Afrique noire, Paris, CNRS, 1973 ; Le système familial songhay-zarma, Paris, le Journal des Africanistes, 1992 ; Le système familial songhay-zarma, IRSH, Mu Kara sani, 1999, etc.
Paraphrasant Amadou Hampaté Bah, le prof Boubé Gado déclare que ‘’Si Djouldé Laya n’est pas un traditionnaliste au sens classique du terme, il est réellement une bibliothèque qui brûle’’.

 

En effet, il est de la génération charnière à cheval entre la période coloniale et celle des indépendances. ‘’Cette génération bien que spécialisée dans une discipline s’est trouvée dans l’obligation de s’occuper de domaines    diversifiés’’ a jouté le professeur Boubé Gado.

 

‘’Pour avoir côtoyé de grands Africains de toute l’Afrique, mais aussi au-delà, il se voulait un homme de l’universel, fortement attaché aux valeurs de fraternité, de tolérance, de solidarité, de partage et de paix. Diouldé Laya est un éminent sociologue nigérien. Il est l’un des grands théoriciens de l’utilisation de la Tradition orale dans les sciences sociales’’ écrivait pour sa part Dr Souley Adji, Sociopolitologue sur sa page facebook.

Djouldé Laya est né en 1937 à Tamou (département de Say). Après des études primaires à Say et à Kollo (1944-1950), il effectua ses études secondaires au Lycée Askia Mohamed de Bamako Mali (1950-1957), avant de poursuivre ses études universitaires à l’Université de Dakar (1957-1967) où il obtint d’abord en 1962, une licence-ès-lettres en sociologie (avec les CES suivant : Sociologie générale, Psychologie sociale, Economie politique et sociale, Civilisation musulmane, Eudes latines, Linguistiques africaines).

 

En 1967, Djouldé obtient un Diplôme d’études supérieures de Sociologie, avant de s’envoler pour la France où il sort en 1974 avec un Diplôme de Docteur en Ethnologie, de l’Université Paris X-Nanterre.

 

Côté administratif, Djouldé Laya a occupé plusieurs fonctions dont notamment celles de Secrétaire général de la Commission nationale du Niger pour l’UNESCO (1962-1970), Représentant du Président Boubou Hama au Comité Permanent du Conseil de Rédaction de l’Encyclopédie africaine, Accra (1964-1966), Directeur de l’Institut de Recherches en Sciences Humaines (IRSH) de l’Université Abdou Moumouni de Niamey (1970-1977), Directeur du Centre d’Etudes Linguistiques et Historiques par Tradition Orale (CELHTO) de l’OUA (1977-1997), Membre du Comité scientifique international pour la rédaction d’une Histoire générale de l’Afrique, UNESCO (1979-1999).

 

Djouldé Laya a reçu deux distinctions de l’Unesco. Il est notamment décoré de la Médaille de bronze Simon Bolivar, par le premier Secrétaire général, en novembre 1998 et de la Médaille d’argent Avicenne pour la contribution en avril 1999. Le ‘’sociologue national’’ est à la retraite depuis le 1er janvier 1998. Il est marié et père de huit enfants.

 

C’est cet éminent chercheur que le Niger vient de perdre. Son collègue Boubé Gado a trouvé les mots justes quand il disait : ‘’Tu as fait ce que tu as à faire, avec persévérance et succès dans le calme et la dignité. Repose en paix Djouldé’’. 

 

Siradji Sanda

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