Entretien avec M. Abdoulaye Issa, 1er nigérien directeur général de la SOMAÏR

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« J’aurais réussi ma mission si, dans les 3 à 4 ans à venir, la SOMAÏR réussit son adaptation en restant compétitive et pérennise sa position d’acteur sur le marché de l’uranium »
Dans le cadre de l’accord de partenariat stratégique signé entre le Niger et le groupe AREVA, il est convenu que les directeurs généraux des sociétés COMINAK (2016) et SOMAÏR (juin 2014) soient de nationalité nigérienne. Mais, le critère de choix de ces derniers est porté sur la compétence et la capacité à développer l’activité.

 

 

C’est ainsi qu’en ce qui concerne la SOMAÏR, le groupe AREVA et les autorités nigériennes ont porté leur choix sur M. Abdoulaye Issa, Ingénieur en génie chimique, un professionnel des questions de l’uranium et ancien haut cadre de la société pour occuper le poste de directeur général. Dans l’entretien qui suit, le nouveau directeur général nous parle de son parcours et de sa mission dans un contexte difficile du marché international de l’uranium.

M. Abdoulaye Issa, depuis le jeudi 31 juillet le Conseil d’Administration de SOMAIR vous a désigné comme directeur général de la Société des Mines de l’Aïr (SOMAÏR), pouvez-vous vous présentez à nos lecteurs ? Quel est votre parcours ?
Merci pour cette opportunité que vous m’offrez de me présenter à travers les colonnes de votre journal. En ce qui concerne mon parcours professionnel, j’ai commencé à travailler à l’ONAREM où, je suis resté pendant trois (3) ans avant de passer à la SOMAÏR en tant que responsable de l’usine de traitement de minerais. Ensuite, dans le cadre de la mobilité au sein du groupe AREVA, j’ai été affecté au Canada où, j’ai occupé différentes fonctions d’ingénieur. Par la suite, je suis revenu au Niger pour travailler à la SOMAÏR en qualité de directeur des Exploitation de 2005 à 2008 à Arlit.

 

Après avoir passé trois ans au Niger, je suis retourné à AREVA Ressources Inc au Canada pour occuper les fonctions ; de directeur de l’ingénierie, puis directeur des projets usine. Ensuite en 2013, j’ai été affecté au niveau du siège du groupe AREVA à Paris pour occuper le poste du directeur de la performance et du progrès continu pour l’ensemble des activités minières d’AREVA.

 

J’avais la charge de contrôler la performance industrielle de l’ensemble des activités minières du groupe.
Vu mon parcours, je dois dire que, je me considère comme un pur produit de la SOMAÏR, qui m’a donné l’opportunité d’acquérir mes premières expériences d’ingénieur et de manager.

 

Je suis particulièrement heureux de rejoindre à nouveau la SOMAÏR et suis réellement honoré que le conseil d’administration m’est nommé au poste de Directeur Général.
Votre nomination a été faite dans un contexte difficile caractérisée par une chute du prix de l’uranium sur le marché international. Nous savons que la SOMAÏR a une capacité de production annuelle de 3000 tonnes, Quels sont vos objectifs pour maintenir la capacité de la production actuelle ?
Vous faites bien de souligner le contexte difficile du marché international de l’uranium. Il est vrai que la SOMAÏR a la capacité de produire 3000 tonnes d’uranium par an. Il faut dire que, compte tenu du contexte, il est nécessaire d’adapter nos objectifs de production et également notre outil industriel. Aujourd’hui, le niveau de production sur lequel, le Niger et les actionnaires se sont entendus est de 2100 tonnes pour 2014.

 

En fonction des opportunités commerciales, nous produirons peut être un peu plus. C’est dans ce contexte que, nous évoluons tout en travaillant à la réduction de nos coûts. Il est donc important d’optimiser notre programme de production, ainsi que toutes les activités industrielles et les prestations de service qui s’y rattachent et cela, afin d’améliorer la situation de l’entreprise et de pouvoir pérenniser les activités.

Ce qui est vraiment important ici, c’est d’assurer qu’à l’avenir l’existence de la SOMAÏR soit pérennisée à travers les actions que nous engageons. Il faut souligner que mon prédécesseur Jean Luc Andrieux (auquel je rends hommage) a déjà engagé des actions d’économie que je vais poursuivre et amplifier avec l’aide de mes principaux collaborateurs notamment sur le site d’Arlit afin de faire en sorte qu’on puisse maintenir la SOMAÏR comme un acteur principal sur le marché international de l’uranium. C’est très important de pouvoir passer ce cap difficile.

 

Pour rappel, en se référant un peu à l’histoire, qui n’est pas si ancienne que ça, nous avons déjà connu ce type de situation où pendant une vingtaine d’année, la SOMAÏR a pu s’ajuster et s’adapter avec une production autour de 1000 tonnes par an. Nous allons donc faire en sorte que la pérennité de l’entreprise soit assurée.

Suite à l’accord de partenariat stratégique signé le 26 mai entre le Niger et le Groupe AREVA et au regard de la situation du marché international de l’uranium, quel serait l’appui de la société dans le cadre des actions sociétales ?
Je peux vous dire que la société a de tout temps, joué un rôle d’acteur social au niveau de notre zone d’activité où nous participons au développement local à travers le financement de certaines actions et même au-delà avec les autres sociétés minières (la COMINAK en l’occurrence). Je pense qu’il est difficile dans le contexte actuel de parler d’amplification mais il est évident que nous allons continuer à les faire. Nous avons tout à fait conscience de notre rôle dans ce domaine.Pour le moment, nous mettons l’accent sur l’adaptation de notre outil industriel avec la mise en œuvre du plan d’économie qui a été définie par la société.
Selon des informations qui circulent dans le pays, plusieurs contrats de sous-traitance ont été résiliés. Que dites-vous à cette situation ?
Ces contrats de sous-traitance sont liés à nos activités et en tant que tels font et feront l’objet d’adaptation à l’image de nos propres activités. C’est malheureusement la réalité d’aujourd’hui et le contexte qui nous l’impose. C’est véritablement un effort d’adaptation qui est demandé à tous, mais avec un seul objectif : rester compétitif et assurer la pérennité de l’activité.

Monsieur le directeur général, depuis la création de la SOMAÏR, il y a de cela plus de 45 ans, aucun nigérien n’a dirigé la société. Compte tenu de votre position en tant que nigérien et votre longue expérience de l’industrie minière de l’uranium, pensez-vous défendre les intérêts nationaux au sein du groupe AREVA ?

Ma nomination procède d’un accord de partenariat stratégique qui a été signé entre le Niger et le groupe AREVA. De ce fait, il y a un certain nombre de mandats qui m’ont été confiés par le conseil d’administration. Ces mandats rentrent dans le cadre d’une meilleure prise en compte des intérêts du Niger en tant qu’actionnaire de l’entreprise SOMAÏR.

 

Je pense que mon rôle est de faire en sorte que cet accord soit respecté et de défendre l’intérêt de tous les actionnaires. J’aurais réussi ma mission si on dit que, dans les 3 ou 4 ans à venir la SOMAÏR est restée compétitive. Qu’elle a encore des années de succès devant elle. J’aurais réussi si, avec l’aide de mes collaborateurs, le soutien des autorités du Niger et des actionnaires, nous avons tous ensemble réussi à traverser la situation difficile actuelle, pérenniser les activités et que nous puissions continuer de regarder vers l’avant.

 

Il ne s’agit pas d’avoir une vue à court terme, mais vraiment de placer l’ensemble des actions que nous allons entreprendre dans le cadre d’une stratégie qui permet de pérenniser la société et au bout du compte maintenir la SOMAÏR comme étant un producteur d’uranium et renforcer la position du Niger en tant que pays producteur.

 

La SOMAÏR a aujourd’hui la chance d’avoir un personnel professionnel, des hommes et des femmes de qualité, conscients de la situation que nous traversons. Ils sont tous et toutes prêts, comme je le suis moi-même, à se mobiliser au service de la SOMAÏR. Ensemble nous réussirons.

 

Seini Seydou Zakaria

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