Lettre ouverte au président de la République : « Si un homme s’obstine dans ses choix et se trompe, il sera assailli par les problèmes ».

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Monsieur le Président,
Ça fait sept mois, aujourd’hui, depuis que vous avez annoncé que l’appel d’offres pour Kandadji sera lancé dans quelques semaines
« Si un homme s’obstine dans ses choix et se trompe, il sera assailli par les problèmes ». Ce sont là les paroles d’Umar Ibn al Khattab, l’Emir des croyants, compagnon du prophète Muhamed (Paix et salut sur Lui) ; l’homme de Dieu dont la sincérité, la droiture et l’aversion de l’injustice transcendent les temps et dont vous avez publiquement déclaré vouloir vous servir comme boussole à la tête de l’État.

Chimères et démagogie ! La semaine dernière, Sanoussi Tambari Jackou, ministre-conseiller  dans votre cabinet, a tenu publiquement des propos outrageants et dangereux pour l’unité nationale.

 

 

Il a tenu des propos ethno-régionalistes d’une gravité extrême, se permettant même de se revendiquer, sans gêne, ethno-régionaliste d’une espèce que les Nigériens ont pensé avoir refoulée dans les méandres de l’histoire politique de notre pays. C’est un scandale. C’est d’autant plus un scandale qu’il savait manifestement être en train d’agir en toute impunité.  Cette infâme prestation, il l’a faite une première fois à domicile.

 

Alors que les Nigériens étaient encore sous le choc, le vieil homme récidive, cette fois-ci dans les locaux-mêmes de la présidence, montrant ainsi qu’il a carte blanche pour faire ce qu’il veut et dire ce qu’il veut. Je vous fais observer, monsieur le Président, que Sanoussi Tambari Jackou, même sous l’Afc [Ndlr : Alliance des forces du changement], n’a jamais osé revendiquer son ethnorégionalisme.  Pourtant, l’homme est connu au Niger pour son passé sulfureux sur la question. Et s’il nie aujourd’hui être l’auteur du fameux plan MU KO SU pour lequel il a fait 12 de prison, il sait bien qu’il ne peut convaincre personne.

 

Pour la première fois,  le célèbre prisonnier de Dao Timi est sorti de son trou pour marteler ses amours ethno-régionalistes, défendre  et justifier  ce boulet qu’il traîne depuis toujours et qui l’a flétri au fil du temps par la volonté de Dieu. Vérifiez par vous-même, monsieur le Président. Cet homme était un tribun lors de la Conférence nationale souveraine et sous la 3e République, le régime de l’Afc où il était l’homme politique le plus écouté dans les meetings politiques et dans les médias.

 

Puis, progressivement, au fur et à mesure que nos compatriotes comprenaient que l’ethnorégionalisme était un danger à bannir de la vie politique et de la vie tout court ; à mesure qu’ils comprenaient qu’il n’y a en définitive que des Nigériens qui aspirent aux mêmes idéaux de paix et d’unité, Sanoussi Tambari Jackou perdait de son aura et de sa superbe.

 

Il n’était plus l’homme adulé pour son extrémisme et ses extravagances comme on en rencontre tant dans les cours des rois, mais un homme rejeté comme un disque rayé qui ne fait plus danser. Car les Nigériens, de Bilma à Téra, ont compris que derrière les harangues d’un Sanoussi Jackou se trouvent des larmes et qu’il faut rapidement mettre fin à ce cinéma de mauvais goût.

 

Cette dynamique irréversible impulsée par la Toute puissance divine, l’intéressé ne l’avait pas compris tout de suite. Et c’est cette erreur d’appréciation qui l’a poussé à quitter la Cds-Rahama, pensant être une icône politique qui draine des foules. Résultat : il s’est rendu compte par lui-même qu’il ne représentait pas grand-chose, jusque dans sa région natale où il a été incapable de se faire élire député.

 

Je vous fais le pari qu’il ne connaîtra jamais la grandeur à laquelle l’illusion de départ lui a donné l’impression d’être destiné. Bref, telle est l’histoire de Sanoussi Tambari Jackou, une tragédie perpétuelle, particulièrement pour le Niger et tous ceux qui, avec un angélisme extraordinaire, s’ingénient à penser que l’homme s’est amendé avec l’âge. Hélas, les années s’accumulent sur ses épaules mais sans effet sur la conscience.

 

En affirmant qu’il est un ethno-régionaliste et en revendiquant ce qu’il est dans un Niger qui aspire à l’unité de tous ses fils,  Jackou est dans son jardin, sur l’unique air qui lui a apporté un semblant de prestige et de renom. Par contre, votre complaisance, même lorsqu’il est porté atteinte à l’unité nationale et à la cohésion sociale, est déconcertante.

 

J’ai bien envie de vous dire que jamais, dans l’histoire politique du Niger, il n’y a eu autant de laisser-aller, d’injustice, de transgressions des règles d’éthique sociale ainsi que de violations des lois et règlements de la République que sous votre magistère. Vous devez en pâlir, mais j’ai appris que vous n’en avez cure.

 

Monsieur le Président, « Ce qui préserve de l’erreur est la crainte de Dieu et l’absence d’ambition personnelle ». Ce sont là encore des paroles d’Umar Ibn Al-Khattab. Je vous rappelle ces propos car j’ai eu l’opportunité de parcourir les réponses que vous avez données à France 24 dans le cadre de son émission « Invité de l’entretien ». J’ai découvert, entre autres choses qui m’ont ébranlé dans ma conscience de musulman, que vous déclariez que « le barrage de Kandadji est actuellement en cours d’exécution ».

 

Or, et là je m’appuie sur vos propres propos pour dire que la vérité est ailleurs. En effet, vous savez très bien que le barrage de Kandadji est bloqué, depuis que, par le laxisme de votre gouvernement, l’entreprise russe chargée de cet ouvrage des plus stratégiques pour le Niger, a passé plus de deux ans sans rien faire pratiquement. Je dis bien par votre laxisme parce que l’entreprise en question recevait curieusement des décaissements. Sur quelle base, monsieur le Président ?

 

Je me suis demandé ce qui pouvait vous pousser à dire que le barrage de Kandadji est en cours d’exécution sur France 24 alors que vos compatriotes savent que ce n’est pas vrai. Vous aviez personnellement déclaré, lors d’un de vos plus récents messages à la nation, que les appels d’offres seront lancés dans quelques semaines. Aujourd’hui, nous sommes le 23 juillet, soit sept mois depuis votre annonce. Je vous rappelle que sept mois, ça fait déjà 28 semaines. À quand cet appel d’offres dont vous avez semblé si gêné de parler sur France 24.

 

« Le barrage de Kandadji est en cours d’exécution », avez-vous dit. Quelle énormité pour Umar Ibn Al Khattab !Monsieur le Président, je vous rappelle que plus de la moitié des recettes internes prévues dans le cadre de la loi de finances 2014 (budget national) repose sur la Tva.

 

Or, non seulement vous vous êtes engagé devant Areva à neutraliser la Tva dans le cadre de la loi 2006, ce qui va amenuiser les recettes budgétaires, mais vous êtes aussi obligé aujourd’hui de faire un collectif budgétaire admettant des annulations de plusieurs milliards de nos francs. Ce n’est pas terminé. Le budget, estimé à 1867.565.403.749 FCFA, soit une augmentation très significative de 27,82% par rapport au budget 2013, est fondée sur la base d’un taux de croissance économique espérée de 7,5% et d’un taux de pression fiscale de 16,8%.

 

Là également, le cours des choses risque de vous jouer un sale tour. D’une part, le taux de croissance actuel du PIB réel est de 4,1%, nettement en deçà de vos prévisions de 7,5% ; d’autre part, le taux de pression fiscal que vous envisagez de porter à 20% en 2014 n’est jusqu’ici que de 15,2%.

 

Alors ? Alors ? Alors ?J’attendrai bien de voir le collectif budgétaire que vous comptez introduire, seulement à 4 mois de la fin de l’exercice budgétaire.Monsieur le Président, pour finir de vider mon sac de cette semaine, je vous apprends qu’un des vôtres, en l’occurrence Daouda Mamadou Marthe, premier Vice-président de l’Assemblée nationale, a posé, la semaine passée, des actes administratifs d’une gravité extrême. Il a signé, sans en avoir qualité et compétence, un arrêté pour suspendre le Secrétaire général de l’Assemblée nationale, Issa Kanga, naturellement du Moden Fa Lumana Africa.

 

Il a violé en cela tous les textes de lois qui régissent le fonctionnement de l’Assemblée nationale, à savoir le règlement intérieur et la loi portant statut autonome du personnel parlementaire. Je parie que Daouda Mamadou Marthe ne les a jamais lus pour comprendre ses missions et les limites objectives de ses compétences. S’il en avait une connaissance parfaite et qu’il avait agi comme il l’avait fait, c’est qu’il se fichait royalement des textes de lois de la République.

 

Pour vous édifier et édifier ceux des citoyens nigériens qui auront l’occasion de lire cette lettre, je vous apprends que l’article 58 de la loi n°2012-30 du 5 juin 2012, portant statut autonome du personnel de l’Assemblée nationale dispose que « le pouvoir disciplinaire appartient au président de l’Assemblée nationale qui peut le déléguer au Secrétaire général ; il l’exerce après communication à l’agent incriminé de son dossier individuel et consultation du conseil de discipline ». Nulle part, il n’est fait cas d’un Vice-président. En outre, tout acte administratif à incidence financière doit impérativement recueillir le visa du contrôleur financier, faute de quoi il est nul et de nul effet.

 

Cela aussi, Daouda Mamadou Marthe l’ignore probablement et c’est scandaleux. Bref, la prochaine fois, je vous édifierai totalement sur les graves violations de la loi de votre poulain. À moins que, comme à vos habitudes, les Gaston Lagaffe qui peuplent votre camp ne trouvent autre chose de plus grave pour occuper l’esprit des Nigériens.
Bien à vous.23 juillet 2014
Publié le 23 juillet 2014
Source : Le Monde d’Aujourd’hui

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