Cameroun : Cap sur le recyclage des déchets électroniques

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Par: Julien Chongwang

YAOUNDE] Encore marginal aujourd’hui, le recyclage des déchets d’équipements électroniques et électriques (D3E) devrait connaître un développement rapide dans les prochaines années au Cameroun, avec la signature, le 19 mars 2019, d’une convention de partenariat entre le ministère de l’Environnement et le projet Weeecam.

Mis en œuvre depuis 2017 par Solidarité technologique (une association de droit français qui opère au Cameroun depuis 15 ans) en partenariat avec l’ONG La Guilde, le projet Weeecam se résume en une démarche d’industrialisation de l’activité de recyclage de déchets électroniques et électriques.

« Cette activité de recyclage a démarré en 2011 ; mais jusqu’ici, elle se faisait de façon artisanale », précise Boris de Fautereau, le représentant-résident au Cameroun de Solidarité technologique.

“Concrètement, on collecte les équipements, quand c’est possible, on les répare pour les revendre. Et quand ce n’est pas possible, on les démantèle en séparant toutes les matières pour pouvoir les recycler correctement.”
Boris de Fautereau, représentant-résident au Cameroun de Solidarité technologique.

« Avec Weeecam, nous allons pouvoir multiplier nos volumes de traitement par 100 en passant de 50 tonnes à 5.000 tonnes de déchets traités par an », ajoute ce dernier dans un entretien avec SciDev.Net.

Pour soutenir cette mutation, une unité industrielle est en cours d’implantation dans la ville de Douala. Au même moment, 12 autres centres de collecte des D3E ménagers vont être ouverts à Douala et Yaoundé, le premier ayant été inauguré à Yaoundé au cours de la cérémonie du 19 mars.

« Jusqu’ici, l’activité est faite à la main. Concrètement, on collecte les équipements, quand c’est possible, on les répare pour les revendre. Et quand ce n’est pas possible, on les démantèle en séparant toutes les matières pour pouvoir les recycler correctement », indique Boris de Fautereau.

Première du genre en Afrique centrale, cette opération est réalisée actuellement dans les locaux de l’association à Ewonkan, dans la banlieue est de Yaoundé.

Ici, dans un cadre discret, à l’abri du vacarme de la ville, le travail se fait à la chaîne suivant une procédure rigoureuse.

Tout commence par le point de collecte où les D3E sont réceptionnés et inventoriés. « Ils peuvent venir des apports volontaires des populations, ou de la collecte au porte-à-porte auprès des ménages ou des entreprises, réalisée par l’association à l’aide de différents types de véhicules », explique Éric-Martial Biyong, chef du point de collecte.

Une fois au point de collecte, les objets sont catégorisés, puis pesés et l’apporteur reçoit en retour une contrepartie financière qui tient compte aussi bien de la nature que du volume des équipements apportés et des matières qu’ils peuvent comporter.

« Nous essayons ici de classer les équipements par vague, par type et par modèle, ce qui nous permet d’obtenir la masse globale du lot », précise Martial Biyong.

Ces équipements sont ensuite acheminés à l’atelier, où ils font l’objet d’un inventaire plus détaillé et d’une inspection plus pointue qui débouchent sur le tri visuel.

« Le tri visuel permet de diviser les équipements ainsi reçus en deux groupes : d’un côté, ceux qui sont potentiellement revalorisables et de l’autre ceux qui vont être démantelés en vue du recyclage de leurs différents composants », explique Augustin Kenne, chef de l’espace de démantèlement.

Selon ses explications, les appareils susceptibles d’être revalorisés sont conduits à l’espace de reconditionnement situé à l’étage supérieur, où des techniciens essaient de les réparer pour qu’ils soient de nouveau utilisés.

« Notre travail ici consiste à donner une seconde vie aux équipements, c’est-à-dire à dépanner ceux qui sont potentiellement revalorisables. Nous résolvons les problèmes aussi bien matériels que logiciels », indique Emmanuel Rodrigue Engoulou, technicien d’atelier à l’espace de reconditionnement.

Selon son récit, ce travail de reconditionnement se fait en étroite collaboration avec les collègues de l’espace de démantèlement. « Pendant le processus de démantèlement, on récupère tous les éléments fonctionnels et on les stocke pour pouvoir les utiliser ultérieurement dans un autre appareil qui en a besoin pour fonctionner », dit-il.

Si on parvient à les reconditionner, ces appareils sont exposés dans notre boutique où « ils sont vendus à vil prix, question de permettre à toutes les couches de la population de les acquérir », explique Emmanuel Rodrigue Engoulou Engoulou.

Située dans le bâtiment voisin, la boutique en question offre des appareils tels que des imprimantes, des scanners, des unités centrales, des écrans plats, des photocopieurs…

Si la revalorisation de l’appareil se révèle en revanche impossible, il est acheminé immédiatement à l’espace de démantèlement où il sera désassemblé.

Les techniciens qui travaillent dans cet espace ont devant eux des bacs qui portent les noms de matières telles que fer, aluminium, plastique, carte électronique, etc. Et chaque pièce (encore appelée ici fraction) issue du démantèlement d’un appareil doit être déposée dans le bac correspondant.

Vue du centre avec ses véhicules de collecte d’appareils électroniques et électriques – Crédit Photo: SDN/JC

Selon le récit d’Augustin Kenne, le démantèlement de chaque appareil est précédé de sa dépollution qui est l’extraction et la mise de côté des matières les plus dangereuses. Car, explique-t-il, « chaque équipement a en son sein au moins un additif dangereux qu’il faut traiter avec beaucoup de précaution ».

« Pour une imprimante laser par exemple, dit-il, on va d’abord retirer les toners d’encre et les mettre à l’écart, de peur que la poudre d’encre ne se déverse un peu partout ».

En outre, « certains écrans plats ont de la poudre de plomb ; d’autres ont plutôt des tubes qui contiennent du mercure. Lors du démantèlement, nous devons faire très attention pour ne pas rompre ces tubes », ajoute Augustin Kenne.

Car, justifie-t-il, « quand ces éléments se retrouvent dans les décharges et qu’il pleut, ils souillent les eaux qui sont utilisées pour cultiver les salades et autres légumes. Or, ces matières sont des polluants organiques persistants qui causent des maladies ».

Au terme du processus de démantèlement, les ensembles homogènes sont conditionnés et stockés dans un magasin où ils sont souvent prélevés et servis à des industries locales ou étrangères qui ont la technologie nécessaire pour poursuivre le recyclage de ces matières premières secondaires.

Dans la boutique, plusieurs appareils reconditionnés attendent d’être vendus. Crédit Photo: SDN/JC

Ce n’est qu’à la fin de la construction de l’unité industrielle de Douala que le projet Weeecam pourra renforcer ses capacités de recyclage, en produisant par exemple du granulat, à partir du broyage du plastique.

Sidi Baré, le représentant du ministère de l’Environnement pour la région de Douala, suit attentivement ce projet auquel il n’est pas insensible.

« Le recyclage des déchets est peu développé au Cameroun, pire encore en ce qui concerne précisément le recyclage des déchets électroniques et électriques. Ce qui fait que beaucoup de ces déchets, à l’instar des vieux téléphones, sont exportés ».

« Cela constitue un manque à gagner pour notre pays dans la mesure où le recyclage est une industrie qui crée des emplois, génère des devises pour l’Etat et fournit d’autres produits qui sont utiles sur le plan national. Donc, je ne peux que saluer cette initiative », poursuit-t-il.

Le militant écologiste Didier Yimkoua partage à peu près cette lecture : « cette activité, dit-il, répond aux objectifs de l’économie circulaire : extraire-produire-consommer-recycler. Avec la croissance démographique galopante, les ressources naturelles s’amenuisent ; évidemment, celles qui servent d’intrants dans les composants électroniques aussi ».

En conséquence, « la récupération s’avère une solution efficace et durable de préservation et de conservation de ces ressources naturelles pour l’intérêt des générations futures », renchérit ce dernier.

Pour autant, Sidi Baré et Didier Yimkoua, spécialistes des questions environnementales, invitent à l’unisson les promoteurs du projet à s’assurer que l’activité respecte les normes de sécurité et de sûreté en vigueur.

Notamment en obtenant un permis environnemental et une conformité environnementale. A travers la réalisation d’une étude d’impact environnemental ou d’une notice d’impact environnemental selon le niveau d’impact que cette activité peut avoir sur l’environnement.

« Nous avons été la première structure à avoir le permis environnemental pour les déchets électroniques et électriques au Cameroun », rassure Boris De Fautereau.

D’ailleurs, soutient-il, la structure qui reçoit régulièrement des visites d’inspection des services du ministère de l’Environnement vise désormais l’obtention de la certification ISO. lire la suite

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