Chronique d’une débâcle

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Il y a quelques décennies, l’image que le Niger projetait était des plus honorables. C’était l’époque où nous ne fermions pas la marche de l’humanité. C’était l’époque où le Niger, pays pauvre et enclavé jouait son rôle inscrit dans ses frontières : << Notre rôle, disait à ce propos le président Diori, est inscrit dans nos frontières et nous espérons bien le jouer dans toute la mesure de nos possibilités. Notre ambition est de servir de trait d’union entre l’Afrique noire et l’Afrique blanche>>Ce rôle de médiateur, le Niger le joua par le truchement de l’ OCAM (Organisation commune africaine et malgache) notamment, en contribuant à la résolution de nombre de conflits sur le continent (Tchad-Soudan 1966, Rwanda-Congo 1968, Tchad-Libye 1970-71, etc. Il en tira un prestige au niveau international. Ce qui fera dire à certains observateurs que le Niger a joué << un rôle international sans proportion avec sa puissance économique>>C’était l’époque où l’on savait ce que la dignité veut dire : << une dignité toujours plus complète pour chaque Nigérienne et pour chaque Nigérien, sur tous les plans, y compris et surtout celui du niveau de vie >> disait encore Hamani Diori.Je crois que c’est fort de cette dignité que lui-même refusa de suivre le doyen Houphouet Boigny et le général de Gaulle dans leurs œuvres destructrices dans la guerre du Biafra, et que Boubou Hama osa dire à l’intention de la France : << Il y a des moments où ce qui est bon pour la France ne l’est pas pour nous et notre devoir, dans la mesure où nous ne pouvons pas coopérer avec elle, est de coopérer avec d’autres >> C’était l’époque où le Niger avait une industrie (minoterie, textile, briqueterie, fabrique de mobilier métallique et plastique, cimenterie, huileries, usine de decortiquerie de coton, d’arachide, fabrique de pâtes alimentaires, céramique, aliments de bétail, fabrique de cigarettes, etc.). C’était l’époque où le Niger exportait du mil, du haricot, de l’huile, du poisson, du coton, etc. C’était l’époque où pour se nourrir, le Niger ne tendait pas la main.L’honneur à cette époque était une vertu cardinale, le vol du bien commun était opprobre, et le détournement de deniers publics, une honte. La vaillance était un trait distinctif du Nigérien, le courage, un attribut commun. À l’extérieur, il n’était pas rare qu’il brille par son excellence dans tous les domaines. Il était fier d’être Nigérien.Sans doute éprouvait-il encore de la fierté à appartenir à un pays dont les chefs faisaient montre de patriotisme, et qui en dépit des pressions extérieures, défendait sa souveraineté, au moment où Seyni Kountché mit fin à la présence militaire étrangère, et quand il se disait prêt à vendre l’uranium du Niger nonobstant toute clause d’achat préférentiel, « même au diable », pour le bénéfice de son peuple ; quand Ibrahim Baré, bravant l’embargo contre la Libye, s’en alla à Tripoli pour soutenir Khadafi, ou quand Mahamadou Tanja montra le chemin de la liberté en refusant de se soumettre à Sarkozy.Les anciens disaient selon les mots d’un des leurs que << Le Niger n’est pas à vendre >> Les modernes ont prouvé que tout au Niger – sol, sous-sol, bêtes et hommes – est à vendre. Qu’est-il arrivé depuis ? Alors que sa production en céréales (mil, riz) était excédentaire, le Niger recourt à l’aide alimentaire pour se nourrir. Les cycles de sécheresse y sont pour quelque chose, mais l’action de l’homme aussi. L’industrie qui satisfaisait les besoins essentiels a été démantelé, le Niger ne produit presque rien, n’exporte presque rien, il dépend pour presque tout des importations : il consomme. L’Éducation s’est a été dépréciée, la Santé s’est détériorée. La pauvreté est devenue chronique.Assailli de toutes parts, par la nature, amoindri par la faim, par la maladie, par l’indigence, et une inclinaison vers la fatalité, le Nigérien devint une proie pour les séducteurs, les charlatans et les corrupteurs de tout acabit. Et une période autocratique de son histoire lui inculqua la peur permanente et écorna son courage, sa vaillance et son honneur. Dans ce contexte est née une race de politiciens qui, ayant compris et pratiqué les faiblesses du peuple, s’emploie à les tourner à son avantage, en faisant feu de tout bois. Ils n’ont en vue que leur intérê leur propres intérêts, sont prêts à subir toutes les humiliations à humilier l’auteur, à faire toutes les bassesses et à avilir l’autre, à s’agenouiller et à faire courber l’autre, pourvu qu’ils atteignent leur fin. Le peuple est à la fois tout et rien pour eux. Il est tout parce que constituant le chemin qu’ils arpentent pour assouvir leurs désirs concupiscents, il n’est rien parce que parvenus, ils le toisent et tiennent dans un souverain mépris.Je n’évoque pas le passé pour l’exalter : la contemplation et la nostalgie sont contraire à mon projet. Je l’appelle comme témoin. Je l’appelle pour qu’il dise devant le présent ce que nous avons été, pour qu’il parle de nos possibilités et de nos capacités. Je veux en procédant ainsi amener le présent à se regarder, à s’évaluer et à mesurer le sentier qu’il a parcouru depuis qu’il est sorti du passé. Je veux que l’avenir comble les brèches et panse les plaies du présent, qu’il s’assure de faire plus que le passé, de faire mieux que le passé et le présent.Farmo M.

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