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Niger: Journal de bord par Farmo. M

AérFarmo Moumounioport Diori Hamani, soleil impitoyable, chaleur étouffante. Des porteurs en sueur accourent, le premier charge mes valises sur son chariot, il me fait signe de le suivre.
 
Mes accompagnateurs, qui à l’ombre d’un arbre, qui adossé à une voiture, sont restés dans le parking. Ils ont pourtant honoré le droit d’accès à l’aéroport. 
 
Je me retourne une dernière fois. Je croise le regard envieux de ces jeunes désœuvrées, désespérés qui ne cherchent qu’à  partir.
J’effectue les formalités d’embarquement. La nonchalance et la tristesse des agents m’émeuvent.  
En venant de la ville, j’ai observé à un carrefour, des enfants affamés tendant la main aux occupants dodus d’une rutilante V8. Sur le trottoir, des femmes filiformes demandent l’aumône. Un peu plus loin, un marché, faute d’acheteurs sommeille.
Mon cœur se fend.
J’embarque, l’avion décolle. Le fleuve Niger n’est plus qu’un filet d’eau rougeâtre, dans un paysage  de désolation.
Je ferme les yeux,  je pense.
Qu’ai-je vu  pendant mon séjour?
Des citadins ou des citoyens, un peuple ou une population?
Des mahométans ou des musulmans qui s’étendent en salamalecs, qui implorent le pardon, pour aussitôt commettre des péchés? 
Des gouvernants ou des despotes obscurs qui vivent de la cécité de leurs obligés?
Des gouvernés ou des assujettis abrutis, consentants, qui se contentent de leur misérable sort?
J’ai été témoin de l’inadmissible et de l’intolérable. 
L’injustice et la corruption, les deux grandes occupantes du pays se sont renforcées. L’indiscipline et l’incurie se sont bien implantées. L’insécurité est dans les têtes, sur le terrain, dans les rues. La précarité est partout présente. Le mécontentement est omniprésent, mais peine à s’exprimer. Le pays agonise, ses habitants le regardent mourir.
Une colère innommable m’envahit.
Dites-moi, dans quel état avez-vous mis le pays patiemment construit par vos pères, vous, vos gouvernants et vos turpitudes?
Gouvernants et gouvernés, je ne trace pas ces mots pour vous. Je les destine à votre descendance, afin qu’elle sache qu’à son égard, vous n’avez point honoré le devoir que vos pères ont accompli à votre endroit.
Pour vous qui avez rompu la solidarité entre les générations, je ne  me donnerai pas la peine de prendre mon écritoire.
Je lève mon calame pour votre descendance. Je le plonge dans l’encre noire indélébile, et je grave sur la mémoire du temps, ces mots qui ne s’envolent pas, afin qu’elle se prépare à hériter et à restaurer le pays en ruines que vous lui léguerez. 
Et, s’il vous arrive de me lire, mettez en avant ce qui reste de votre dignité écorchée, et de votre honneur en lambeaux. J’interdis à votre couardise et à votre défaitisme de parcourir mon texte.
Entendez bien, je n’écris ni pour que vous m’aimiez ni pour que vous me détestiez.
Je m’adresse à la conscience de votre descendance, j’écris pour sa liberté. 
Farmo M.

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Palimpseste pour Issoufou

Sur le manuscrit destiné à soutenir votre candidature à la présidence, il y a deux décades, le temps, inexorable, a fait son œuvre. Moisissures et champignons ont colonisé les paragraphes, l’encre délébile a happé les mots avant de s’éclipser.

Il ne reste plus que la mémoire du soutien, et le souvenir des raisons avancées pour ce choix qui me paraissait alors le meilleur pour le Niger.

Jadis, parce que vous représentiez la fraîcheur et le renouveau, mais aussi parce que vous paraissiez démocrate et porteur d’idées progressistes, j’incitais ceux qui le voulaient bien à vous donner leurs suffrages.  Au demeurant, je me réjouis qu’ils ne m’aient pas entendu, car vos échecs successifs ont retardé la déliquescence de l’État.

Vous voilà briguant à nouveau la magistrature suprême, me voici gravant sur le papier roussi, et les mots caducs, ma parole nouvelle.

Plusieurs fois candidat malheureux, la Providence vous a consolé en vous accordant un mandat. Alors, je vous ai vu faire et défaire, je vous ai entendu dire et dédire.

En ces temps d’élections où l’amour aveugle et la haine gratuite habitent le cœur du plus grand nombre de nos concitoyens, je dois décliner mon état d’esprit.

À votre endroit, je n’éprouve ni de l’amour, ni de la haine, mais considération pour l’homme qui est en vous, et respect pour l’institution que vous incarnez.

Cependant, je n’attends guère l’heure des urnes pour exprimer mon choix qui ne porte pas sur vous; et j’appelle tous ceux qui trouveront quelques vérités ou justesses dans mes dires, à ne point vous accorder les leurs.

S’il m’était demandé de décrire votre régime en deux mots, je dirai : déception et désillusion.
Je vis aujourd’hui comme un échec personnel l’erreur d’avoir cru en vous, aux hommes qui vous entourent et aux idées professées par votre parti.

De vous, et de votre équipe d’intellectuels, j’attendais une prise en charge éclairée des problèmes du pays, mais je découvre une horde de loups qui s’est comporté comme un prédateur à l’endroit du peuple.

Vous nous promettiez la renaissance, en vérité, vous nous précipitez vers le déclin et l’agonie.
Qu’est devenue la politique, sous votre règne? Un mouroir pour partis  politiques, une tanière à trafics, et un écueil pour la démocratie. L’économie décroit sous le poids de la corruption, de l’endettement et du détournement de deniers publics. La société est un bouillon d’anarchie et d’intolérance. Au-dessus de ce magma, fermentent l’irresponsabilité et l’incurie de votre régime.
J’ai eu l’heur de connaitre toutes les républiques, je n’ai jamais senti autant de désarroi que sous l’actuelle. Plus que tous vos prédécesseurs, de Hamani Diori à Salou Djibo, en passant par Mahamane Ousmane et Baré Mainassara, vous avez eu entre les mains, les leviers du développement du pays. Au lieu de les actionner pour que le Niger émerge, vous l’avez fait afin qu’il périclite.

«Rien n’est plus dangereux qu’une idée, quand on a qu’une idée». Votre idée, l’unique idée qui vous gouverne, celle que vous défendrez quoiqu’il arrive, est de remporter l’élection présidentielle à venir, malgré la grande impopularité dont vos ouailles et vous-même êtes responsables.
Tout semble être mis au service de ce funeste dessein. Et, d’aucuns, dans les rangs de vos partisans et sympathisants, prédisent que vous triompherez au premier tour.

Votre commerce avec les compétitions électorales est vieux d’au moins vingt (20) ans. Par vos participations multiples aux élections présidentielles, vous avez acquis une expérience incommensurable. Vous savez par conséquent que nul candidat  ne peut, dans la géographie électorale actuelle du Niger accomplir un tel exploit, et que si d’aventure cela arrivait, il s’agirait d’un tour de force –au sens non pas figuré, mais propre – qui menacerait la stabilité et la paix du pays.

De cette stabilité et de cette paix, vous êtes le premier garant jusqu’à la fin prochaine du mandat que nous vous avons accordé.

Puisque j’ai remarqué chez vous une propension à user de citations dans vos discours, je vous en offre trois, en terminant.

Le premier est d’Alain : «Rien n’est irréparable en politique»

Le second est de vous : «Je ne cautionnerai pas l’organisation d’élections tropicalisées, pour ne pas dire truquées»

Le troisième est encore de vous : «Je mettrai un point d’honneur à contribuer à l’expression libre des suffrages du peuple nigérien et à l’organisation d’élections inclusives»

Farmo M.

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