Invité

Anafi Souleymane Directeur Centre Nigérien de Promotion Touristique (CNPT)

Le 10 juillet 2020, le Conseil des ministres a adopté certaines réformes dans le domaine du Tourisme, dont la transformation du Centre Nigérien de Promotion Touristique (CNPT) en Agence pour le rendre plus efficace car il est le bras opérationnel du Ministère.

Il s’agit d’un établissement Publique à caractère administratif doté de l’autonomie Financière. Son directeur nous parle de ses missions et   de la situation du secteur touristique au Niger à l’heure de l’insécurité et de la Covid 19.

Le Niger est un pays de Tourisme, qui possède une diversité de produits touristiques. Cependant, depuis quelques années, l’insécurité qui prévaut dans certaines zones a touché le secteur touristique. Quels en sont les réels impacts?

Notre Pays, à travers ses huit régions renferme des richesses culturelles, fauniques, des vestiges historiques, archéologiques et de magnifiques sites touristiques, notamment les déserts du Ténéré, du Termit, du Tal ; le cimetière des dinosaures ; la vallée du fleuve Niger ; le Parc du W ; les derniers spécimens des girafes de l’Afrique de l’Ouest ; les rites culturelles ; l’artisanat et l’architecture traditionnelle.

Cette gamme de produits diversifiés prédestine le Niger au rang d’une destination internationale d’avenir pour la pratique de toutes les formes de tourisme.

La pratique touristique dans sa conception traditionnelle a été malheureusement impactée par l’insécurité depuis les premières rebellions armées jusqu’à l’avènement de la vague terroriste, qui déferle actuellement sur le monde et au sahel en particulier.

Les impacts de cette situation sont liés à l’arrêt des vols charters et le départ de certains opérateurs du tourisme international comme « Point-Afrique » et l’imposition de mesures drastiques aux agences qui contribuent à amener des touristes au Niger, sans oublié le récent classement de l’ensemble du pays en zone rouge, sauf Niamey la Capitale, par certaines chancelleries qui déconseillent totalement à leur ressortissant de fréquenter la destination Niger.

Je rappelle cependant que l’insécurité avait failli plomber le secteur mais le Gouvernement avait trouvé une stratégie de contournement de la menace par le développement du tourisme d’affaires notamment en positionnant le Niger comme un centre d’excellence pour l’organisation des manifestations internationales comme les conférences, les compétitions sportives comme U19, les festivals et les fêtes tournantes du 18 décembre.

Ces évènements ont boosté le chiffre d’affaires des professionnels du secteur.

Le sommet de l’UA 2019 à lui seul a drainé plus de 7 000 personnes, ce qui représente une manne financière importante pour l’économie de la ville de Niamey. En termes de visibilité ce n’est pas négligeable pour notre capitale et notre pays, souvent confondu avec le Nigéria.

Aujourd’hui l’image du Niger se confond moins parce que durant ces quelques jours les caméras du monde étaient braquées sur Niamey. Notre pays a été au centre de l’actualité internationale. Nous avons enregistré en 2019 un taux d’accroissement des recettes touristiques de 37, 87% contre une prévision de 18,34%.

En effet, Les recettes touristiques sont passées de 169 milliards FCFA en 2018 à 233 milliards en 2019. Et cela sans tenir compte des recettes des Agences de voyages, de restauration, des transports touristiques et des achats de souvenirs. Cependant, malgré la baisse de la fréquentation occasionnée par les effets de l’insécurité au sahel.

Ce qui démontre que le Niger est très attractif et que si nous réglons les contingences défavorables à la fréquentation, la destination se vendra facilement. Nous étions donc en train de juguler les effets de l’insécurité sur les entreprises du secteur, quand s’est abattue sur le monde la pandémie de la COVID-19….

Justement cette maladie planétaire a aussi eu des conséquences dans ledit secteur. Dites-nous quelles en sont-elles?

Comme partout dans le monde, le secteur du tourisme a été le plus touché et le Niger n’a pas fait exception.

Les mesures salutaires que les gouvernements ont été contraints de prendre pour protéger la population, ont eu des effets désastreux sur les entreprises du secteur qui, pour la plupart, étaient restées fermées et les effets se sont fait sentir sur le Tourisme, un mois avant que le premier cas soit déclaré au Niger.

En effet, dès le début de l’année 2020, les voyages s’étaient estompés car c’est le principal vecteur de propagation du coronavirus.

Il résulte de cette situation : un manque à gagner pour les opérateurs du secteur, mais également au niveau de tous les autres maillons de la vie socio – économique qui profitent du secteur du tourisme, (commerce, artisanat, transport, énergie) ; des recettes (taxes et impôts) de moins pour l’Etat ; la mise au chômage des employés dans plusieurs entreprises touristiques et hôtelières

estimés à près de 14.000.

Ainsi, l’Association Nationale des Professionnels du Tourisme(ANPTH) évalue le manque à gagner au niveau des établissements tourisme, à près de 11 milliards 292 millions 140 francs CFA. Dans le domaine de l’hôtellerie et de la restauration, l’ANPTH considère qu’entre mars et juin 2020, plus de 80% des établissements sont en cessation d’activité. En valeur absolue, cela représente par exemple 158 établissements d’hébergement ; 64 restaurants modernes ; 101 agences de voyages ; 45 agences de location de véhicules.

Le personnel mis en chômage technique représente le même taux. Ce qui équivaut à plus de 14.000 emplois permanents. Il faut aussi noter des difficultés financières pour faire fonctionner les entreprises qui sont restées ouvertes (entretien des locaux et du matériel, paiement des salaires, des factures d’électricité, d’eau et de téléphone, et les taxes et impôts).

Il y a les difficultés à payer des cotisations sociales au niveau de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS), sans oublier des difficultés à respecter les échéances de remboursement des crédits contractés auprès des banques commerciales, pour ne citer que cela.

Cependant, il faut reconnaitre que le gouvernement a pris des mesures d’atténuation des effets de cette pandémie sur les entreprises notamment en ramenant par exemple le taux de la TVA qui était de 19% à 10% et en mettant en place un fonds de cent cinquante (150) milliards FCFA, pour appuyer les entreprises à surmonter les effets induit par la crise de la COVID-19.

Il faut souligner que le secteur du Tourisme avec celui du Transport ont été les plus touchés et qu’il ne sied pas qu’ils soient sur le même pied d’égalité que les autres secteurs car ils sont grands pourvoyeurs d’emplois. Le secteur touristique aura besoin d’un accompagnement beaucoup plus important et plus adapté à la circonstance.

Par exemple, on pourrait envisager l’application de tarifs préférentiels en matière d’eau, d’électricité et de téléphone jusqu’à la fin de l’année ; la réduction, voire annulation, au titre de l’année 2020, de certains impôts et taxes ; la réduction du coût de l’énergie (carburant, gaz, etc.) ; la restructuration du crédit bancaire : différer les échéances de remboursements des créances, sans intérêts ; et mettre en place de nouvelles lignes de crédits adaptées à la situation ; la prorogation de la durée de validité des exonérations accordées par le code des investissements etc.

Ces mesures auront pour effet de préserver des milliers d’emplois et d’en générer de nouveaux.

Quelles sont les dispositions que l’APTN prend pour pallier aussi bien cette situation, que pour faire en sorte que la destination Niger soit encore fréquentable et pour que le pays retrouve son rang de destination internationale?

Pour que le Niger redevienne une ‘‘grande destination internationale’’, il faudrait que le contexte mondial change et que la situation sécuritaire générale au sahel s’améliore.

Nous demeurons cependant conscients, qu’Il faut une synergie de tous les acteurs et institutions concernées en vue de rebondir sur la crise à travers des actions ciblées et harmonisées visant à promouvoir et à développer le tourisme interne comme levier pour la reprise économique du pays.

Il nous faut aussi actualiser et adapter nos stratégies et plans d’actions face au nouveau contexte qui est en train de s’imposer. Les nigériens voyagent beaucoup et pour preuve, nous avons près d’une vingtaine de compagnies de transport terrestre qui sont en bonne santé économique.

Il nous reste à capitaliser ce potentiel. Actuellement, 78% des clients de nos structures d’hébergement sont constitués d’étrangers en séjour ou de passage au Niger. Notre stratégie vise à casser cette dépendance en favorisant le développement d’un tourisme domestique.

Il s’agit d’amener les Nigériens à visiter leur pays. Nous comptons, à travers des actions ciblées et harmonisées, promouvoir et développer le tourisme interne comme levier pour la reprise économique du pays. Pour cela une stratégie doit être mise sur pied, en synergie avec tous les acteurs du secteur ou concernés.

Il s’agit des privés pour concevoir une offre et une stratégie attractive aux nationaux et à l’Etat pour trouver des mesures d’accompagnements aux privés pour qu’ils adaptent leurs offres à la bourse des Nigériens.

Il y a aussi la synergie à créer entre  les institutionnels comme les Ministères de la Renaissance Culturelle pour les évènements et patrimoines culturels ; de l’environnement pour les parcs et réserves naturelles ; de l’intérieur et de la sécurité publique pour les facilités de déplacement et la sécurité ; du transport ; de la jeunesse et sport pour les manifestations sportives internationales ; de l’Agence Nigérienne pour l’Economie des Conférences (ANEC) et de l’Agence de Promotion Touristique du Niger (APTN) pour la stratégie de marketing et de la promotion de la destination Niger.

Il s’agira pour nous de nous conformer à la recommandation de l’OMT (Organisation Mondiale du Tourisme), qui préconise le changement d’indicateurs de réussite touristique qui sont à présent focalisés sur le nombre d’arrivées de touristes internationaux.

Cela pourrait être remplacé par de nouveaux paramètres (tels que les taux de dépenses touristiques ou de remplissage des hébergements) qui permettraient de recentrer le cœur de l’activité sur le local et le régional plutôt que sur l’extérieur. Nous comptons aussi mettre sur pied une stratégie de communication efficace sur le Niger et ses merveilles touristiques.

Cette offensive se fera en direction de nos compatriotes pour surmonter certaines lourdeurs culturelles et les incompréhensions sur le tourisme. Nous ciblons aussi le tourisme intérieur et intra régional en Afrique, afin de réduire la vulnérabilité et la dépendance des marchés internationaux et développer des produits innovants à circuit court qui remettent les communautés locales au cœur de la réflexion et valorisent la diversité du continent.

Réalisée par Mahamadou Diallo(onep)

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