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Le Livre Blanc de l’Opposition Politique Nigérienne sur le processus électoral

Le présent Livre Blanc est initié par l’ensemble des fronts de l’Opposition politique composée du Front pour la Démocratie et la République (FDR) ; du Front de l’Opposition Indépendante (FOI) ; du Front Patriotique (FP) ; du Front pour la Restauration de la Démocratie et la Défense de la République (FRDDR).
Il est une analyse minutieuse des actes posés par le Gouvernement et les acteurs institutionnels (CENI, Cour Constitutionnelle, Ministère de l’Intérieur) intervenant dans le processus électoral en cours au Niger, et leurs effets sur la paix et la stabilité politique.

1. La situation sociopolitique se caractérise par une régression manifeste des valeurs et des acquis républicains et démocratiques qui ne rassurent guère quant à la volonté d’organiser des élections libres et honnêtes. L’adoption d’un Code électoral taillé sur mesure, la mise en place d’une CENI non consensuelle, les hésitations quant à l’organisation des élections régionales et municipales, le remplacement arbitraire des conseils municipaux élus, par des organes administratifs animés par des militants du PNDS-Tarayya, sont illustratifs de cette dérive.

2. Le régime semi-présidentiel que consacre la Loi fondamentale s’est mué en régime présidentialiste marqué par la concentration de tous les pouvoirs entre les mains du Chef de l’Etat.

3. Les multiples initiatives et manifestations de l’Opposition en vue d’amener le régime au dialogue et au consensus sont restées vaines. Aussi, l’Opposition nigérienne a-t-elle jugé nécessaire de procéder à un état des lieux du processus électoral en cours et de s’adresser à l’opinion publique nationale et internationale en vue d’attirer son attention sur les graves dangers qu’engendreraient des élections tronquées dans un pays connu pour son instabilité politique !

L’examen du processus électoral à la lumière des règles de bonne conduite en la matière laisse apparaître que le PNDS-Tarayya au pouvoir s’est allègrement affranchi du respect des normes et usages constitutionnels ainsi que des standards internationaux.

4. L’analyse du processus biométrique fait donc ressortir de nombreux dysfonctionnements et irrégularités à toutes les étapes :

  • L’opération des audiences foraines s’est effectuée dans une totale opacité ;
  • Le recrutement des membres de la Direction de l’Informatique et du Fichier Electoral Biométrique (DIFEB), et en particulier de celui du Directeur et de son adjoint, s’est transformé en une désignation de militants du PNDS-Tarayya ;
  • Le Recrutement de l’opérateur technique a été effectué à la discrétion du seul Ministre de l’intérieur, candidat, déclaré à l’élection présidentielle de 2021 et investi par le PNDS-Tarayya ;
  • Un fonctionnement défectueux des Commissions administratives ;
  • Une mauvaise planification de l’enrôlement biométrique : la CENI proposant des chronogrammes sans cesse remaniés ;
  • Un enrôlement frauduleux de réfugiés ;
  • Un enrôlement biométrique nocturne ;
  • Un établissement illégal d’actes d’état civil ;
  • L’achat de récépissés d’enrôlement ;
  • Le transport d’électeurs d’une région vers une autre ;
  • L’établissement de listes nominatives et des numéros respectifs des téléphones portables des personnes enrôlées par des militants du PNDS, sont quelques exemples d’irrégularités constatées.

5. Il est important ici de revenir sur la situation sécuritaire du pays afin de souligner son rapport étroit avec le dessein du pouvoir d’organiser des fraudes à grande échelle. En effet, la guerre importée et imposée à notre peuple depuis 2014 procède d’une stratégie de Mahamadou Issoufou visant son maintien au pouvoir et qui se décline en deux axes :

  •  L’insertion du Niger dans la stratégie sécuritaire des grandes puissances pour le Sahel, sur laquelle il n’a aucune prise, allant jusqu’à sous-traiter la sécurité de l’Etat avec l’hébergement de forces armées étrangères sans au préalable requérir l’autorisation du parlement. Le dividende attendu est la bienveillance de ces puissances à l’égard d’un pouvoir autoritaire et écarter toute menace éventuelle.
  • La constitution d’un trésor de guerre à partir duquel l’entreprise de concassage des partis politiques et de mise sous tutelle des Institutions de la République pourra se poursuivre. L’achat massif des consciences est ainsi censé garantir et parachever le « coup KO » aux élections.
  • Les différents scandales révélés par l’audit du Ministère de la défense, survenant après les tragédies de Chinegodar et Inatès, procèdent de cette stratégie. C’est dire que la sécurité des nigériens et l’intégrité du territoire n’ont jamais été le souci des princes qui nous gouvernent.

A la veille des échéances électorales, c’est donc sans surprise aucune que nous assistons à une recrudescence et une généralisation de l’insécurité dans tout le pays. Dans les régions de Diffa, de Tillabéry, de Tahoua, Maradi et Agadez l’insécurité prend des proportions inouïes avec des déplacements

massifs de populations. Le fait est que l’insécurité apparaît comme une nouvelle variable de fraude, une opportunité pour le nouveau candidat du PNDS. Sinon comment expliquer que les taux d’enrôlement les plus élevés soient précisément enregistrés dans les zones de conflit ?
Au regard de la situation chaotique qui se pointe à l’horizon, seule la création d’un cadre de dialogue national inclusif et sincère pourra contribuer à désamorcer la situation tendue entre l’opposition et le pouvoir.

Ce dialogue aurait comme sujets à débattre les questions suivantes :

  •  l’adoption d’un Code électoral et la mise en place d’une CENI consensuels ;
  • la réhabilitation du Conseil National de Dialogue Politique (CNDP) ;
  • l’accès équitable aux médias d’Etat ;
  • l’enrôlement et le vote des nigériens de l’extérieur ;
  • la démission des membres actuels de la Cour Constitutionnelle et
    sa recomposition sur une base consensuelle ;
  • la décrispation du climat politique et social.

Il ressort de ce qui précède que le cadre du processus électoral tel qu’il est conduit, ne laisse entrevoir aucune possibilité favorable à des élections libres, transparentes, honnêtes et inclusives. Ce qui représente un facteur conflictuel grave dans un pays connu pour son instabilité politique et sa fragilité.

L’Opposition politique réaffirme sa détermination à se battre pour la restauration de la démocratie, de l’Etat de droit et la défense de la République.

Fait à Niamey, le 23 juillet 2020

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