Macron prêche presque seul dans le désert du Sahel

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Ça chauffe sérieusement entre Paris et le Sahel. Le Burkina Faso expulse l’attaché militaire français accusé par les putschistes de se livrer à des « activités subversives », et Emmanuel Macron se plaint publiquement que son ambassadeur à Niamey, Sylvain Itté, soit pris en otage et obligé de se nourrir de rations militaires.

Une des grandes leçons politiques de la crise du Niger est d’avoir souligné sinon une solitude française dans la gestion des conflits du Sahel, du moins une impuissance remarquée à imposer sa vision. Et pour cause! La diplomatie française a été lâchée en rase campagne aussi bien par les alliés européens que par le partenaire américain.

Depuis la prise du pouvoir à Niamey par des militaires putschistes, Paris était monté au créneau pour incarner une fermeté inédite. Si les nouveaux maîtres au Niger ne redonnent pas le pouvoir au président élu, Mohamed Bazoum, si l’ordre institutionnel n’est pas réactivé dans les plus brefs délais, une intervention militaire internationale des pays de la CEDEAO était inéluctable. Paris communiquait de manière virile et ostentatoire sur le recours à toutes les options, y compris militaire, pour rétablir l’ordre démocratique au Niger.

Les intonations politiques de la diplomatie françaises, teintées de fermeté et de volontarisme ne laissaient place à aucun doute. On a été tolérant avec le coup d’Etat au Mali, compréhensif avec celui du Burkina Faso. On sera intraitable avec celui du Niger. Les enjeux économiques et sécuritaires sont tels qu’il est impossible de se croiser les bras et d’avaler une couleuvre supplémentaire.

Au fil des jours et des menaces, et après avoir épuisé l’arsenal des sanctions économiques et celui des pressions politiques, le temps de l’intervention militaire était venu. Un grand moment de vérité politique pour la communauté internationale. Et c’est là où les abandons et les reculs ont commencé.

Le premier désaveu aux choix français est venu de l’Italie voisine qui s’est bruyamment opposée à toute intervention militaire européenne dans la crise du Niger, avec cette crainte argumentée que cette approche ne puisse avoir de relents colonialistes dans un contexte de relations effervescentes entre l’Europe et l’Afrique.

Ce refus italien fut soutenu par une grande hésitation allemande. Au début sur la même longueur d’ondes que Paris, Berlin a commencé à revoir ses calculs et exprimer quelques doutes sur la pertinence d’une intervention militaire au Niger. Ces divergences au sein de l’Union européenne ont eu pour conséquence le refus des institutions européennes de s’engager clairement à financer cette possible opération militaire de la CEDEAO au Niger.

La France avait beau leur expliquer que c’est la sécurité de l’Europe qui s’y joue avec la possible, et confirmée depuis, renaissance des organisations terroristes et la multiplication des flux migratoires qui s’abattraient inévitablement sur l’Europe. Sans succès. Les principaux pays européens expriment des réserves sur une intervention militaire au Niger.

Mais sans aucun doute, le grand coup de pied de l’âne reçu par la France dans cette crise lui est venu des États Unis d’Amérique. Tout le monde se souvient des premières déclarations du secrétaire d’Etat américain Anthony Blinken qui laissaient prévoir une posture américaine d’une grande fermeté, une fois couplée à la fermeté française, organiserait fatalement une solution militaire.

Au fil des jours, le ton guerrier change à Washington. Le retour de Mohamed Bazoum au pouvoir n’était plus présenté comme une condition imposée au putschiste de Niamey. L’option militaire s’éloigne. Les Américains ne sont plus aussi fermes avec les nouvelles autorités avec lesquelles ils tentent d’établir de canaux de discussion.

Cette attitude américaine a fait dire à certains milieux français, déçus et amers, qu’avec des alliés pareils, la France n’avait pas besoin d’ennemis. En fait, Paris et Washington ont divergé sur les enjeux, les intérêts et les agendas. Pour les Américains, la grande priorité politique est que le nouveau Niger ne tombe pas dans l’escarcelle russe par le biais du groupe Wagner. Les putschistes du Niger ont su rassurer l’administration américaine sur cette crainte et ont donné des garanties de sécurité suffisamment convaincantes pour que Washington s’oppose au recours à la force pour rétablir Mohamed Bazoum dans le pouvoir.

Toute proportion gardée, cette attitude rappelle étrangement celle de Barack Obama à l’égard du président François Hollande quand ce dernier piaffait d’impatience pour frapper militairement le régime de Bachar Al Assad avant que la décision américaine ne vienne tout annuler.

Face aux multiples crises du Sahel, Emmanuel Macron s’est trouvé presque seul à prêcher la nécessité de traiter sérieusement la dangereuse épidémie des coups d’état militaires. Fataliste, il s’est résigné à ouvrir un canal de négociation avec le nouveau pouvoir à Niamey pour organiser le redéploiement des 1.500 soldats français venus au Niger pour participer à la lutte contre les organisations terroristes dans la région, une cause qui pour le moment semble gelée, voire reportée à des jours meilleurs.

Hespress

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