Flambée des prix de materiaux: construire un casse tête pour les Nigériens

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«J’ai arrêté les travaux de construction de mon chantier, il y a déjà à peu près trois mois. Je n’ai plus d’argent pour pouvoir continuer; les prix de matériaux ont pris l’ascenseur, je ne peux plus acheter de grandes quantités de tôles, de ciment et de paquets de fer ; tout coûte cher », déclare Idé Hamadou, enseignant depuis plus de 20 ans. Ce père de six enfants, qui habite au quartier Rive Droite de Niamey, voulait en finir avec les problèmes de location, construire et habiter sa propre maison. Selon lui, les travaux de construction de sa maison, qu’il est entrain de bâtir sur un terrain de 400m2, étaient déjà assez avancés, quand il s’est rendu, il y a deux mois au marché de Katako, pour se ravitailler en matériaux de construction. Quelle ne fut sa surprise de constater que les prix des matériaux de construction ont subi une hausse vertigineuse.

Il faut se dire qu’aujourd’hui au Niger, construire une maison en matériaux définitifs n’est pas à la portée de n’importe quel fonctionnaire de l’Etat. En effet, tout le monde s’accorde à dire que, les matériaux de construction, qui n’étaient déjà pas abordables pour la majorité des Nigériens, ont connu ces derniers temps une hausse vertigineuse. Ainsi, la tonne de ciment, qui était vendue entre 120 000 et 136000 FCFA, est vendue aujourd’hui à 140 000 voire 160 000FCFA chez certains spéculateurs. Le mètre de la tôle se vend à la NIGERAL entre 3000 et 7000 FCFA, selon la qualité. Le paquet de fer se trouve à 35000 FCFA ; le contenu d’une benne de gravier (voyage) a aussi connu une hausse en flèche : il se vend à 100000 FCFA, et la même quantité de sable tamisé coûte 25000 FCFA, tandis que celle de sable simple est à 15000 FCFA. En ce qui concerne le sable  »tout venant », il est vendu à 30000 FCFA.

Quant aux planches, les prix varient de 7000 à 8000 FCFA.  »Je vous assure que, que l’on soit fonctionnaire, cadre moyen, ouvrier ou même un commerçant, il est difficile de construire son propre logement. Et la principale cause est la cherté des matériaux de construction. Depuis 2008, que j’ai débuté les travaux de mon chantier, je ne suis pas encore arrivée à le terminer. Avant, j’achetais les matériaux de construction moins chers, mais les prix ont monté sans aucune explication préalable. C’est inquiétant ! », a déploré Mme Ramatou Alfary, une fonctionnaire à Niamey.

Les avis des consommateurs concordent, et cette flambée a été signalée au niveau de l’Institut National de la Statistique qui, au mois de mars 2012, indique dans son bulletin que l’indice des prix des matériaux de construction (IPMC) est ressorti en hausse de 0,3% en s’établissant à 100,2 points de pourcentage contre 99,9 points au mois précédent. Selon le service de la statistique, cette situation résulte principalement de la hausse des prix des  »liants hydrauliques » (+0,1%), du  » fer à béton » (+0,7%), de la  »menuiserie » (+2,2%), de  »l’électricité » (+2,3%), des prix du  »bois » (+1,4%), des  »revêtements et étanchéité » (+0,1%) de la  »peinture » (+1,1%) et de la  »tôle » (+1,7). Cette hausse du niveau général des prix des matériaux de construction a été atténuée par la baisse de la  »plomberie sanitaire » (-0,6%) et des  »profiles » (-5,0%).

Oui, les consommateurs se plaignent de cette cherté, qui n’a d’ailleurs rien à avoir avec une quelconque pénurie. En effet, aussi bien dans les différents dépôts privés de matériaux de construction que nous avons visités à Katako, que dans les quartiers périphériques, les matériaux sont disponibles. Par exemple, à l’établissement Aboubacar Charfo, nous avons trouvé des camions de ciment venus de Lomé. Il faut par ailleurs expliquer que l’ensemble des matériaux son importés des pays de la zone de l’UEMOA, principalement du Togo.

Les coûts élevés des tôles et du ciment obligent certains à abandonner leurs travaux de construction

«J’ai pris un crédit à la banque pour construire ma maison. Avant la finition, l’argent est fini. Ainsi, j’ai vendu la maison en chantier à un commerçant de mon quartier pour aller trouver une parcelle dans un quartier périphérique, afin de pourvoir construire. J’étais sur ce second chantier quand les prix ont encore commencé à flamber, surtout le ciment. Cette fois-ci, je vais attendre, peut-être d’ici la fin de l’hivernage, pour voir si les prix vont dégringoler », indique Tahirou Issa, un habitant de Niamey au quartier Harobanda. Actuellement, il ne fait que regarder son chantier qui a absorbé et ses économies et les revenus de la vente de son premier chantier. Selon lui, l’intérieur de la maison n’est ni crépi, ni revêtu. Quant au reste, comme par exemple le carrelage, le plafonnage, la peinture ou autres commodités, il n’ose même pas y penser, parce que les matériaux de construction coûtent trop cher.

La plupart des entrepreneurs que nous avons rencontrés expliquent que quand l’hivernage s’annonce, les prix des matériaux de construction montent. Mais, selon Aboubacar Charfo, propriétaire d’un établissement spécialisé dans la vente des matériaux de construction, ce phénomène peut s’observer même en dehors de l’hivernage. Pour lui, cela peut s’expliquer par plusieurs causes, dont principalement l’augmentation des frais de transport.  »Cette année, le Niger, et plusieurs autres pays de la sous région sont en chantier, ce qui fait que la demande est très forte. Ainsi notre parc automobile est insuffisant pour satisfaire l’acheminement des produits jusqu’au Niger. Quand nous achetons les matériaux, nous les déposons dans les magasins, et chaque jour, nous payons des frais de dépôt par tonnage. Notre société de cimenterie est toujours en chantier ; tout ceci peut expliquer la cherté des matériaux de construction ».

Cependant, au niveau de l’établissement, les prix de matériaux sont peu abordables, selon les clients.  »Nous cherchons toujours à satisfaire la clientèle. C’est pourquoi nous avons tout fait pour stabiliser le prix de la tonne de ciment à 140 000 FCFA, bien que d’autres la vendent à 150 000 FCFA en ville. Avec la libéralisation du commerce, nous vendons en détail, en semi gros, et aussi en gros. Nous faisons tout pour arrêter la spéculation en inondant le marché avec des matériaux de construction. A un moment donné, nous avions bloqué le prix de la tonne à 138 000FCFA, mais ces derniers temps, la flambée est due au coût de transport », explique-t-il.

Le sable aussi

L’exploitation du sable est difficile en certaines périodes de l’année. A la date actuelle, le prix est abordable, mais en début de saison d’hivernage, l’exploitation du sable et du gravier devient difficile. Selon Idi Boureima, conducteur de camion et vendeur de sable au quartier Lazaret,  »pendant l’hivernage, l’exploitation du sable, ainsi que celle du gravier, ne sont pas du tout facile en ces périodes de pluie, car, avec la crue des eaux, leurs extractions deviennent difficiles. A cela, il faut ajouter l’augmentation abusive des taxes fixées par les mairies dans les arrondissements où se trouvent les carrières ».

Quant à Harouna Kadri, un entrepreneur, il pense que l’hivernage n’est qu’un prétexte pour les spéculateurs, car avec ou sans hivernage, les matériaux sont toujours chers, chaque fois une augmentation est observée. Ainsi, l’Etat doit prendre des dispositions par rapport à ces spéculations dont les seules victimes sont les populations. Il est évident qu’avec la nouvelle unité de production de ciment d’une capacité de 540.000 tonnes annuelles, les besoins nationaux seront couverts et le prix de vente du ciment seront réduits. Cette unité a pour objet la fabrication, la transformation et la commercialisation du ciment, de la chaux, du plâtre, du gravier, du sable, des minéraux, du bois, des cailloux artificiels etc. Souhaitant que la stabilisation des prix sur le marché et la régularité des approvisionnements en ciment pour le Niger seront assurées.
Alou Mamane

Niger Express

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